En déplacement au Mexique, le bureau du CNRS participe au vernissage d’une exposition du CEMCA et rencontre les coordinateurs mexicains d’IRP CNRS

Visite de la station agrivoltaïque de l’UNAM, localisée à Topilejo, au sud de México
© Erell Gloaguen/CNRS

Le bureau du CNRS à Washington D.C., compétent pour les États-Unis et le Mexique, s’est rendu à Mexico City du lundi 29 avril au samedi 4 mai. Au programme de cette mission : assister au vernissage d’une exposition du Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA), participer à des ateliers du conseil d’orientation stratégique du service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Mexique, et rencontrer des coordinateurs mexicains d’International Research Projects du CNRS.

Vernissage de l’exposition du CEMCA sur le Río Bec au Musée National d’Anthropologie

Maya Collombon, directrice du CEMCA, inaugurant l’exposition sur le site maya Rio Bec devant l’Ambassadrice de France au Mexique Delphine Borione, le directeur du Musée National d’Anthropologie Antonio Saborit et l’archéologue Dominique Michelet
© Erell Gloaguen/CNRS

Le vendredi 3 mai, le bureau du CNRS a assisté au vernissage d’une exposition sur le site maya Río Bec organisée par le Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA), une Unité mixte des instituts français de recherche à l’étranger dont le CNRS et le Ministère de l’Europe et des affaires étrangères sont les co-tutelles.

Le CEMCA, dirigé par Maya Collombon, maîtresse de conférence en science politique à Sciences Po Lyon, est un centre de recherche spécialisé en sciences humaines et sociales et particulièrement en anthropologie, en histoire, en archéologie et en sociologie. Le CEMCA coordonne par ailleurs un International Research Project du CNRS intitulé FiG-ArO, aux côtés de partenaires français (l’Institut Français d’Études Andines et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et mexicains (le musée communautaire Fray Bernardo Padilla à Chupicuaro, le musée régional La Alhondiga de Granaditas, l’Université nationale autonome du Mexique et le musée national d’anthropologie).

L’exposition temporaire est installée au Musée National d’Anthropologie jusqu’au 28 juillet 2024. L’un des plus importants d’Amérique latine, le Musée National d’Anthropologie s’étale sur 44 000 m² de surface totale d’exposition et comptait 2,6 millions de visites en 2023. Le musée héberge les artefacts et héritages archéologiques des civilisations préhispaniques du Mexique et de Mésoamérique, et représente également la diversité ethnique actuelle du pays. De par la qualité de ses collections et la grandeur de son architecture, André Malraux l’avait qualifié, à son inauguration en 1964, de « plus beau musée du monde ».

L’exposition se concentre sur les découvertes réalisées au Río Bec, un site archéologique maya situé au sud de l’État mexicain de Campeche et proche de l’État voisin de Quintana Roo, dans la péninsule du Yucatán. Ce site a été fouillé par des archéologues de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire mexicain, ainsi que par des scientifiques du CNRS, qui ont révélé plusieurs ensembles architecturaux — au style unique parmi les sites mayas recensés dans la région — et répartis sur des kilomètres. Ces vestiges archéologiques et les artefacts qu’ils recèlent sont un témoignage précieux du mode de vie et des coutumes des peuples mayas qui les ont côtoyés.

Participation au conseil d’orientation stratégique du service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Mexique

Le bureau du CNRS a participé, les jeudi 2 et vendredi 3 mai, au conseil d’orientation stratégique bisannuel du service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France au Mexique.

Cette réunion de travail permet au SCAC de définir ses actions prioritaires stratégiques dans les domaines culturel et scientifique. Parmi les ateliers proposés, le bureau du CNRS était invité à participer au groupe de travail sur la coopération scientifique franco-mexicaine, dédié aux problématiques de biodiversité et aux enjeux relatifs aux océans dans le cadre de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les Océans en juin 2025 à Nice. Pour le CNRS, cet atelier était l’opportunité de présenter son nouveau rôle de pilote de l’agence de programmes « Climat, biodiversité et sociétés durables », qui lui permet de définir une stratégie scientifique française dans ces domaines et d’animer des communautés de recherche au niveau national. Le rôle du CNRS dans la recherche océanique et la préservation des océans a aussi été souligné, par le biais du travail réalisé au sein de divers Programmes d’équipements prioritaires de recherche (PEPR) et particulièrement du Programme prioritaire de recherche (PPR) Océan Climat, copiloté par le CNRS et l’Ifremer, qui structure la recherche en construisant ou consolidant le leadership français dans ce domaine. Le bureau du CNRS a également présenté la plateforme multilatérale International Panel for Ocean Sustainability (IPOS), établie en 2022 et impliquant des experts, des scientifiques, la société civile et d’autres parties prenantes.

Lors de ces deux journées de travail, le bureau du CNRS a notamment participé à des ateliers sur la coopération universitaire et sur la coopération dans le domaine du patrimoine (axe de coopération franco-mexicaine d’importance pour le CEMCA), lui permettant de présenter les outils internationaux du CNRS.

Rencontres avec les coordinateurs mexicains d’IRP CNRS

À l’occasion de sa mission à Mexico, le CNRS s’est rendu à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), où se trouvent de nombreux coordinateurs mexicains d’International Research Projects (IRP) du CNRS. L’UNAM est le premier partenaire du CNRS au Mexique et un partenaire d’excellence pour la recherche en Amérique latine. Forte de ses 350 000 étudiants et de ses nombreux campus au Mexique et à l’international, l’UNAM est la plus grande université publique du pays et l’une des 100 premières universités de recherche au monde. Le CNRS a plusieurs partenariats avec l’université : 1 International Research Laboratory (laboratoire de recherche international) en mathématiques, LaSol ; 4 IRP ; et 3 International Research Networks (réseaux de recherche internationaux).

A la découverte du Laboratoire scientifique national pour la recherche et la préservation du patrimoine culturel (LANCIC)

Le bureau du CNRS a rencontré José Luis Ruvalcaba Sil, coordinateur du Laboratoire scientifique national pour la recherche et la préservation du patrimoine culturel (LANCIC), situé au sein de l’Institut de Physique de l’UNAM. Le Dr José Luis Ruvalcaba Sil participe à l’IRP FiG-ArO (Figurines Chupícuaro. Corporalité et rituels domestiques dans le Mexique précolombien), qui fédère plusieurs équipes de recherche en France et en Mexique, dont le CEMCA, et vise à produire un corpus de connaissances sur les figurines de Chupícuaro, objets emblématiques de cette importante culture de l’ancien Mexique (entre 600 av. J.-C. et 250 apr. J.-C.).

Au sein du LANCIC, José Luis Ruvalcaba Sil coordonne l’application de méthodes non invasives pour analyser les figurines, préservant ainsi leur intégrité. Des technologies avancées, telles que la microscopie à haute résolution et aux rayons X, permettent d’examiner en détail la composition des matériaux et des pigments utilisés, quelle que soit la surface.

Facsimilé d’un Codex analysé par le laboratoire
© Erell Gloaguen/CNRS

Le laboratoire fonctionne selon une approche interdisciplinaire, rassemblant des équipes de recherche en chimie et en physique en collaboration avec des chercheurs en histoire de l’art (traditionnel ou contemporain) issus d’autres laboratoires, ainsi que des historiens et conservateurs de musées. Au sein du laboratoire, les équipes travaillent par exemple sur des codex1, datant de 1540 et rédigés en nahuatl. Ils examinent les couleurs et l’écriture et partagent leurs découvertes avec des historiens spécialisés. Ce travail d’analyse interdisciplinaire permet de faire des comparaisons entre des pièces archéologiques en provenance de sites variés pour comprendre la distribution des objets, le matériel utilisé, l’année de réalisation, les tradition et rites locaux…

La particularité du LANCIC repose notamment sur son matériel hautement technologique et portable. Il s’agit probablement de l’unique laboratoire au monde avec des capacités mobiles, lui permettant de se rendre dans tout type d’environnement, y compris les plus inaccessibles, tels les versants de montagne ou les grottes.

L’IRP BioPhysImmuno, pour améliorer la compréhension des fibroses et des cancers
© Erell Gloaguen/CNRS

Par la suite, Tatiana Fiordelisio, responsable du laboratoire LANSBIODYT (Laboratoire national de solutions biomimétiques pour le diagnostic et la thérapeutique) et professeure au département de neurophysiologie comparative de l’UNAM, a présenté au CNRS le travail réalisé au sein de l’IRP BioPhysImmuno (Biophysique de la réponse immunitaire lors des interactions cellule immunitaire / cellule partenaire, dans la fibrose et le cancer), qu’elle coordonne pour la partie mexicaine. L’IRP porte sur les cellules impliquées dans les mécanismes d’interaction des cellules immunitaires et de leurs cellules partenaires ou leurs cibles. Il étudie la réponse de deux types cellulaires à une information mécanique donnée à plus ou moins long terme par le microenvironnement afin de disséquer le rôle de celui-ci, en particulier dans le cas de la fibrose (fibrose pulmonaire, hépatique), pathologies importantes au Mexique. L’IRP a également un aspect thérapeutique, en ce qu’il cherche à intégrer ces stimuli complexes dans le design de choix thérapeutiques, qu’ils soient moléculaires ou cellulaires.

Le laboratoire a notamment créé un modèle physique pour comprendre pourquoi les cellules cancéreuses peuvent éviter le système immunitaire : il s’agit d’une puce de migration des cellules tueuses naturelles, qui recrée le microenvironnement des cellules. La puce permet d’observer l’activation et la transmigration des cellules tueuses naturelles, en visualisant la migration des cellules tueuses naturelles et des cellules cancéreuses d’un côté à l’autre.

Le laboratoire dispose également d’une Unité de Micro et de Nano Fabrication, où sont réalisés des solutions médicales. Des moules à copeaux pour les ischions pancréatiques, des bioréacteurs pour organoïdes ou encore des microvalves pour le glaucome y sont notamment fabriqués.

De stations agrivoltaïques locales à un programme national dédié : le Mexique, partenaire engagé dans la recherche sur l’agrivoltaïsme
Station agrivoltaïque de l’UNAM, localisée à Topilejo, au sud de México)
© Erell Gloaguen/CNRS

Enfin, le CNRS s’est rendu à la faculté de médecine vétérinaire et de zootechnie de l’UNAM qui coordonne, pour la partie mexicaine, le consortium international sur l’agrivoltaïsme lancé par l’International Research Center (IRC) CNRS-UArizona for Global Grand Challenges. L’agrivoltaïsme, une technique de production agricole et de production énergétique par l’installation de modules photovoltaïques au-dessus de cultures agricoles, permet de concilier les objectifs de la transition agricole et énergétique et de renforcer la résilience des plantes aux aléas climatiques. Cette initiative est portée par le CNRS et l’Université d’Arizona dans le cadre de leur partenariat conjoint à travers l’IRC. Les recherches effectuées dans le cadre de cette initiative sont destinées à être appliquées à grande échelle et intéressent des régions du monde particulièrement confrontées aux aléas climatiques. Le Mexique, le Maroc, le Kenya et Israël sont d’ores et déjà associés à cette initiative.

Lors de la rencontre, le représentant de l’Université d’Arizona à l’UNAM, José Lever, a invité le CNRS à visiter la parcelle agrivoltaïque de l’université située dans les montagnes, au sud de la ville de México. La parcelle de l’UNAM contient 24 lots de terre sous des panneaux solaires, et 6 lots en extérieur à but comparatif. Ces deux environnements permettent de faire pousser des plantes dans des conditions différentes et d’observer l’impact de l’ensoleillement, de l’ombre, du gel et d’autres phénomènes météorologiques sur les cultures. Des senseurs sont implantés dans la terre de chaque lot et permettent d’indiquer la température et l’humidité des sols. L’objectif de la parcelle est d’être totalement auto-suffisante, en production agricole et énergie verte comme en stockage et consommation d’eau.

Les coordinateurs de la parcelle ont présenté au bureau du CNRS plusieurs études quantitatives et qualitatives démontrant l’intérêt des systèmes agrivoltaïques sur la pousse des plantes. Dans le cadre de cette station en pleine montagne, l’UNAM a également réalisé des partenariats avec des producteurs locaux, qui disposent de connaissances précieuses sur la climatologie locale et sur les manières de cultiver en altitude. Des étudiants bénéficient également de ces expertises.

Au-delà de l’UNAM, le Mexique à l’échelle fédérale émerge en tant que partenaire clé dans l’initiative sur l’agrivoltaïsme. En effet, le ministère de l’éducation publique mexicain (Secretaría de Educación Pública) prévoit la mise en place prochaine d’un Programme National sur l’Agrivoltaïsme, dont l’objectif est de favoriser la mise en place de programmes pilotes dans les établissements d’enseignement supérieur du pays, en intégrant un programme national d’agrivoltaïsme dans le cadre de l’espace commun d’enseignement supérieur mexicain. Ce programme prévoit de mettre en commun les installations existantes dans les institutions de ce réseau d’établissements d’enseignement supérieur et d’encourager ces établissements à adopter des curriculums liés à l’agrivoltaïsme. Actuellement, une expérimentation est en cours dans l’État de Sonora, où une dizaine de parcelles agrivoltaïques individuelles fournissent aux fermiers à la fois des produits alimentaires et de l’énergie solaire. La coordination des parcelles est assurée par l’Institut de technologie de Sonora, en collaboration avec les agriculteurs. Le ministère de l’éducation publique mexicain a également établi des contacts avec huit universités de la région et des communautés locales dans le but d’impliquer davantage d’acteurs locaux dans le projet.

  1. Un codex est un cahier constitué de pages manuscrites reliées ensemble sous forme de livre. ↩︎

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