Le projet minier Rosemont/Copper World : a short-term game for a long term lost?

Le désert de Sonora est une zone semi-aride qui s’étend du sud de l’Arizona et de la Californie jusqu’au nord du Mexique. Le paysage se compose de sky island, il s’agit de massifs montagneux séparés les uns des autres et entourés d’un environnement radicalement différent [1]. Au fur et à mesure que la montagne s’élève l’écosystème change, les prairies semi-désertiques laissent place à des forêts. Grâce à l’altitude (entre 915 et 3 300 mètres) les chênes croissent, les espèces endémiques [2] se développent et les animaux migrent. Les Santa Rita Mountains, qui s’élèvent au sud de Tucson (Arizona) et font partie des sky island, abritent plus de 250 espèces d’oiseaux ainsi que de rares amphibiens. C’est sur cet habitat exceptionnel que la compagnie canadienne Hudbay prévoit de construire une mine de cuivre à ciel ouvert.

Dans la ville de Tucson le projet Rosemont fait l’objet d’un conflit depuis 1996. Initialement, la mine de Rosemont prévoyait d’être construite sur le versant est des Santa Rita Mountains car il s’agit de l’endroit le plus propice à l’extraction du cuivre. La cour de Justice a refusé d’octroyer un permis de construire à la compagnie qui planifiait de déverser ses résidus sur les terres publiques de la Coronado National Forest. Entre 2019 et 2023, Hudbay a mis en place un nouveau projet minier intitulé Copper World. Désormais la société canadienne se prépare à construire une mine sur les propriétés qu’elle possède, de l’autre côté de la montagne sur le versant ouest. Hudbay n’a plus d’obstacles puisque le projet d’exploitation se situe sur des parcelles privées et non plus sur les terres publiques américaines [3].

Mine de cuivre à ciel ouvert dans la région de Tucson

Le projet Rosemont/Copper World est à l’origine d’une opposition entre habitants qui ont un rapport différent à leur environnement. Pendant mon enquête de 6 semaines à l’Université d’Arizona, j’ai pu mener 12 entretiens avec des acteurs divers : environnementalistes, autochtones, paysagistes, réalisateurs de documentaire, résidants voisins de la mine, professionnels de la mine, anciens employés pour le projet Rosemont. Mon but était de saisir les perceptions et les représentations du paysage qui s’opposent à l’intérieur de ces groupes sociaux.

La relation des habitants au paysage des Santa Rita Mountains s’est révélée complexe. Les environnementalistes sont empreints de l’idée de wilderness. Ils identifient le paysage à un espace sauvage, où la terre et sa communauté de vie ne sont pas entravées par l’homme. De leurs points de vue, le plus important serait de préserver les conditions naturelles du lieu et de considérer l’homme comme un simple visiteur. Les autochtones entretiennent quant à eux un lien sacré avec la montagne. Les Tohono O’odham (« peuple du désert ») conservent les sépultures de leurs ancêtres sur ces terres. Pour préserver les traces de leur passé la mémoire verbale ou écrite ne suffit pas, il faut faire l’expérience du paysage. La relation des Tohono O’odham aux Santa Rita Mountains ne se limite pas à un lien symbolique, mais se compose du mélange des corps, de la matière et de l’espace [4]. Enfin, les professionnels de la mine ont un rapport temporel et mémoriel complexe au paysage. D’une part, ils observent le paysage sous le prisme de l’histoire géologique, puisque les Santa Rita Mountains représentent tout d’abord une ressource en minerais. D’autre part, les mines à ciel ouvert font partie de l’histoire de l’Arizona et ces paysages anthropisés participent selon eux à l’identité du lieu.

Vue sur les Santa Rita Mountains depuis la Coronado National Forest

Le paysage des Santa Rita Mountains sollicite à la fois la perception, la pensée, l’imagination, la mémoire, l’émotion et la volition, mais jamais de façon univoque. Chaque groupe social semble avoir sa propre appréhension du paysage. Néanmoins tous semblent être attachés aux Santa Rita Mountains, on peut donc se demander si le projet Rosemont/Copper World n’est pas « a short-term game for a long term lost » [5], pour reprendre les mots d’un habitant. Une certitude, c’est qu’aucun n’attribue la même valeur au paysage et chacun semble avoir ses propres règles du jeu.

Article rédigé par Emma WOLTON

Doctorante dans le cadre du PhD Joint Program CNRS-Université d’Arizona

Emma Wolton est née et a grandi à Paris. Elle a suivi une formation de 5 ans en Philosophie et a validé son diplôme de Master en 2022 à l’Université PSL-École Normale Supérieure. Elle est actuellement inscrite en doctorat de Géographie à l’Institut Agro Angers-Pôle Paysage et membre de l’équipe « Environnement : Concepts et Normes » à l’Institut Jean Nicod (ENS, Paris). Sa thèse s’intéresse à l’esthétique et à l’évolution des paysages dans le contexte de la transition environnementale. Elle étudie l’impact que pourraient avoir deux projets miniers sur les paysages ainsi que la relation émotionnelle et identitaire des habitants à leur environnement. Ses deux terrains de recherche se situent en Arizona (Etats-Unis) et en Suède.


[1] https://skyislandalliance.org/the-sky-islands/

[2] Une espèce endémique est une espèce que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde.

[3] https://www.tucsonsentinel.com/local/report/010623_hudbay_copper_excavation/hudbay-ramps-up-excavation-copper-world-complex-as-local-resistance-expands/

[4] “Ours is the Land” est un court métrage produit par la nation Tohono O’odham qui décrit le lien spirituel, culturel et physique qui unit le peuple Tohono O’odham d’Arizona aux Santa Rita Mountains.

[5] « un jeu à court terme pour une perte à long terme »

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