Río Bec, un site maya extraordinaire caché au cœur de la jungle du Yucatán

20 ans de recherches, d’excavations et d’expéditions au sein du site archéologique maya Río Bec. C’est ce qu’il aura fallu au Centre d’études mexicaines et centraméricaines1 (CEMCA) pour réunir un corpus de connaissances substantiel sur la civilisation préhispanique qui a habité ce site, situé dans le sud de l’État mexicain de Campeche. Depuis le 4 mai et jusqu’au 28 juillet 2024, les résultats de cette recherche sont accessibles au public à travers l’exposition temporaire « Río Bec, un site maya extraordinaire » au Musée national d’anthropologie de la ville de México. L’occasion d’en apprendre davantage sur cette ancienne civilisation méconnue, qui aurait habité la région du milieu du VIe siècle au début du IXe siècle.

La région de Río Bec, au centre sud de la péninsule du Yucatán
Dessin : Philippe Nondédéo

Un site peu exploré jusqu’au début du XXIe siècle

En 1908, l’explorateur français Maurice de Périgny réalise une expédition au cœur de la jungle du Yucatán, région autrefois densément habitée par les populations mayas durant des millénaires. Il tombe alors sur des ruines qui lui apparaissent bien différentes de celles éparpillées dans le reste de la péninsule. Ce sont les ruines du site maya du Río Bec, inconnu des archéologues et spécialistes des civilisations précolombiennes. Quelques temps plus tard, l’archéologue américain Raymond E. Merwin découvrira également le « Temple B », un édifice particulièrement bien préservé de ce site et emblématique du style architectural du Río Bec. Peu d’archéologues étudieront le site par la suite.

Ce n’est qu’au cours du projet Río Bec 1 (2002-2010) que les particularités du site seront répertoriées et étudiées en détail. Ce premier projet s’est étendu sur huit ans et était mené par un groupe d’archéologues dirigé par Dominique Michelet2 et Marie-Charlotte Arnauld3. Il s’est principalement focalisé sur l’ampleur du site et la nature résidentielle des bâtiments, mettant en lumière son exceptionnalité à travers son architecture, son modèle de peuplement et son organisation sociopolitique. Une nouvelle phase de recherches est désormais entreprise dans le cadre du second projet de fouilles (Río Bec 2, 2019-2026), sous la direction d’Eva Lemonnier4. Cette phase se concentre à présent sur les relations des habitants avec leur environnement et sur les périodes antérieures au Classique tardif. Elle semble déjà apporter de nouvelles perspectives et renouveler les hypothèses de travail.

Aujourd’hui, les découvertes fascinantes issues du site du Río Bec sont mises en lumière à travers une exposition temporaire organisée par le Musée national d’anthropologie en collaboration avec le CEMCA. Cette exposition met en avant les projets Río Bec 1 et 2 du CEMCA, qui s’emploient à expliquer les particularités du site maya.

Une organisation socio-politique sans centralisation du pouvoir

Le projet de recherche Río Bec 1 a impliqué des spécialistes mexicains et français de la céramique, de l’iconographie, de l’architecture et de la restauration, ainsi que des archéologues. Cette expertise pluridisciplinaire a permis d’identifier de nouveaux ensembles de ruines et de mieux comprendre l’organisation de l’habitat. Trois groupes architecturaux se sont démarqués, et les chercheurs ont émis l’hypothèse que les structures principales de ces groupes étaient les résidences de paysans nobles, puisque les habitants du Río Bec étaient principalement des agriculteurs. Durant le projet Río Bec 2, des recherches menées par Eva Lemonnier ont révélé la présence de plateformes agricoles, confirmant l’importance de l’agriculture pour cette civilisation. Le site du Río Bec s’avère être une source inestimable d’informations sur la vie paysanne et quotidienne de la région.

En matière d’organisation socio-politique, les recherches menées ont révélé que le pouvoir n’était pas centralisé. En 2002, Dominique Michelet et Marie-Charlotte Arnauld, alors archéologues au CNRS et au CEMCA, constatent l’absence de pyramide et de centre unique regroupant des bâtiments publics. Après de plus vastes recherches, ils concluent que l’organisation socio-politique du Río Bec préférait un réseau complexe de nobles et d’habitants plus modestes aux traditionnels monarques et princes mayas.

Des spécificités architecturales uniques

Le site recèle de surprises architecturales pour les archéologues et les mayanistes. Des bâtiments impressionnants en maçonnerie de pierre, d’une qualité exceptionnelle, ont été érigés entre le milieu du VIe siècle et le début du IXe siècle. Cette entreprise était remarquable pour l’époque et a nécessité d’importantes ressources matérielles et humaines. Les habitants du Río Bec utilisaient des tours rondes sur les bâtiments principaux pour simuler des temples. Certaines habitations se composaient d’une seule pièce, tandis que d’autres en comptaient une douzaine, présentant une remarquable diversité de conception, tant dans la disposition horizontale que verticale. Depuis le passage de Raymond E. Merwin au début du XXe siècle, le bâtiment B avait été recouvert par la végétation tropicale des forêts humides du Yucatán. Il faudra attendre 1973 pour que le temple soit « re-découvert ». L’édifice se caractérise par ses tours jumelles surmontées d’une crête ornée de masques et de figures humaines, ainsi que par ses fausses portes. Sa fouille minutieuse, dans les années 70, a révélé la présence de vastes banquettes intérieures, suggérant que le temple B était une résidence fastueuse.

Vue aérienne du “Temple B”, l’un des édifices principaux du site maya du Río Bec
© Diego Prado/El Universal

Si les recherches des vingt dernières années ne parviennent pas à dissiper entièrement le mystère entourant le site du Río Bec, l’exposition au Musée national d’anthropologie offre une première vision du mode de vie de ses habitants. À travers l’exposition, l’on découvre l’art et le savoir-faire des civilisations qui ont pris le soin de décorer leurs objets du quotidien, d’inscrire leur histoire sur les murs, et de construire des maisons et des temples afin de partager leur vision cosmogonique et leurs croyances.

Soutiens

Projet Río Bec 1 (2002-2010) et 2 (2019-2026), avec le soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’Ambassade de France au Mexique, du Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA), du laboratoire ArchAm de l’Université Paris 1 et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Le soutien d’institutions mexicaines telles que l’INAH-Campeche et SEDESOL. De fondations et d’entreprises telles que la Fondation Stresser-Péan et la société CIMESA.


  1. Le CEMCA est une Unité mixte des instituts français de recherche à l’étranger (n°16), sous la cotutelle du CNRS et du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères. ↩︎
  2. Dominique Michelet est membre associé de l’UMR 8096 Archéologie des Amériques (CNRS / Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne). Il était Directeur de recherche au CNRS, affecté au musée de l’Homme puis à la Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie (Nanterre) de 2000 à 2018, et directeur du CEMCA de 1984 à 1987. ↩︎
  3. Marie-Charlotte Arnauld est Directrice de recherche émérite au CNRS et membre permanent de l’UMR 8096 Archéologie des Amériques (CNRS / Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne). ↩︎
  4. Eva Lemonnier est membre permanent de l’UMR 8096 Archéologie des Amériques et du CEMCA. ↩︎

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